Les Suisses favorables à de nouvelles idées en matière de réforme de la prévoyance

À L'étude
Il est urgent de réviser le système de prévoyance suisse afin de l’adapter à long terme aux nouveaux modèles de travail et de vie. Pourtant, les votants ont rejeté l’ensemble des projets de réforme de ces dernières années. Aujourd’hui, une nouvelle étude de l’Université de Saint-Gall montre quelles propositions de réforme sont les mieux acceptées par la population Suisse et comment notre système de retraite devrait tenir compte de la numérisation du monde du travail.


Étude présente des solutions pour la réforme des systèmes de retraite 


Une nouvelle étude de l’Université de Saint-Gall (I.VW-HSG) met en évidence des résultats surprenants: la population suisse accueille très favorablement les réformes en matière de prévoyance. L’étude, mandatée par la société de prévoyance PensExpert à l’occasion de son 20e anniversaire, repose sur une enquête représentative réunissant l’avis tant du grand public que d’experts en Suisse. Au total, sept propositions de réforme ont été présentées aux personnes interrogées. Celles-ci ont été élaborées sur la base d’une analyse qui examine l’influence des principales tendances de fond sur le système de prévoyance, par exemple la numérisation du monde du travail.


Inclure tous les modèles de travail

Tant les spécialistes (73,3%) que les non-spécialistes (76,5%) sont favorables à ce que l’ensemble de la population soit soumis à la prévoyance professionnelle, en particulier les indépendants et les travailleurs faiblement rémunérés, qui sont défavorisés sur ce plan. L’intégration de formes atypiques d’emploi telles que le crowdworking, le job sharing ou encore le travail sur appel est également envisagée. À l’heure actuelle, l’ensemble de la population est soumis à l’AVS (1er pilier), alors que la prévoyance professionnelle (2e pilier) se limite aux employés. Les indépendants peuvent choisir de s’assurer ou non. En outre, des revenus inférieurs à un certain seuil ne sont pas pris en compte, ou le sont de manière insuffisante.


Un portail numérique central pour la prévoyance

Les deux groupes interrogés se disent très favorables à la proposition de créer un portail numérique de prévoyance réunissant l’ensemble des données pertinentes à ce sujet et permettant à chaque individu d’avoir une vision globale et transparente de ses prestations issues de chacun des piliers de la prévoyance vieillesse. Cette proposition est approuvée par 81,1% du grand public et 76,5% des experts. Si de tels portails numériques existent déjà en Suède et en Autriche, on n’observe encore aucune initiative de la sorte en Suisse.


Permettre aux assurés de gérer activement leurs avoirs de prévoyance

La proposition de doter le portail d’un compte personnel permettant aux assurés d’intervenir activement dans les décisions liées à leur prévoyance trouve également un écho favorable. Une telle fonction permettrait d’optimiser entre autres les prestations d’assurance, le choix de la politique de placement des capitaux dans les différents piliers et les rachats dans la caisse de pensions, ainsi que de répondre aux besoins personnels de chaque assuré. 69% de l'ensemble des personnes interrogées sont favorables à cette proposition, tandis que 75% des experts l'approuvent


Introduction de comptes de prévoyance spécifiques 

Les experts (75%) comme le grand public (68,8%) soutiennent également l’introduction de «comptes de valeur», qui ont déjà fait leurs preuves en Allemagne. Ceux-ci viennent compléter le système de prévoyance et permettent de convertir certaines composantes du salaire, telles que les heures supplémentaires, en avoirs et de les épargner. Ces avoirs peuvent ensuite être utilisés en cas de besoin pour un congé sabbatique ou la prise en charge des enfants ou de proches. Cela permet d’encourager la flexibilité du temps de travail et de l’âge du départ à la retraite.

 

Intégration de tous les types de revenus, libre choix de la caisse de pensions

L’idée de verser des cotisations de prévoyance non seulement sur les salaires, mais aussi sur d’autres sources de revenus est mieux accueillie par la population (58%) que par les experts (25%). Cela concernerait par exemple les revenus sur le capital ou les intérêts sur la fortune. En outre, la majorité des personnes interrogées (54,4%) est en faveur du libre choix de la caisse de pensions et estime que celle-ci ne doit plus être liée à l’employeur. Les sondés mettent en avant le fait que les employés changent de plus en plus souvent d’employeur, ce qui nécessite de fastidieux transferts entre caisses de pensions. Si l’AVS gère déjà des comptes d’assurés qui ne dépendent pas d'un employeur, ce n’est pas encore le cas du 2e pilier. Les experts interrogés se montrent sceptiques sur ce point (29,4% d’avis favorables).


Un compte d'épargne individuel

La majorité de la population (60,5%), mais la minorité des experts (47,1%), ont approuvé l’idée de migrer le système de prévoyance vers des comptes d'épargne individuels, qui seraient utilisés par chaque assuré pour constituer un capital retraite et contribuerait au paiement de cotisations d'assurance. Cette proposition est controversée, car un tel modèle, adopté par Singapour en 1984 pour réformer son système de santé et de prévoyance, transformerait radicalement le système suisse. 


Résumé

«De manière générale, la population apparaît très ouverte à l’ensemble des propositions de réformes, alors que les experts se montrent sensiblement plus réticents», résument les auteurs de l’étude, Martin Eling et Christoph Jaenicke de l'Université de Saint-Gall. En résumé, les experts se montrent plus favorables que le grand public à des réformes d'ajustements du système actuel qu'à des réformes plus radicales, telles que le libre choix de la caisse de pension ou la transformation du système actuel par des comptes d'épargne individuels. Il est incontestable que notre système de retraite doit tenir compte des changements du monde du travail induit par la numérisation. Le Prof. Dr. Martin Eling souligne: «Nous devons absolument empêcher que le compromis du partenariat social ne soit sapé de manière rampante par la numérisation.»